Bec de l'Aigle

Le meilleur de cette fin de saison : La Ciotat ?

  J'ai beaucoup de goût pour La Ciotat, et vois avec plaisir le surgissement de cette ville que j'évoquais dans mon livre, et qui maintenant se concrétise presque complètement. Elle se sort de son embarras de travaux, mais malheureusement, son nouveau cadre est assez bétonnesque, et pas suffisament verdi par des étendues de jardins et de plantations, spécialement sur ses bords de mer. Néanmoins, le résultat est élogieux, et la ville a gagné en calme, en majesté et en propreté ; en standing, comme on disait il y a quelques décennies. D'autant que mes derniers passages me laissent le souvenir de bateaux de plus en plus luxueux et de plus en plus grands stationnés dans la zone de réfection située de l'autre côté du port quand on arrive de Saint Cyr par l'Est, ou de Cassis. Car pour moi, tout tourne autour du vieux port comme centre d'intérêt de premier plan dans cette localité et, contrairement à beaucoup, la proximité des grandes grues ne m'y dérange pas. Au contraire, je trouve que ces silhouettes qui s'élèvent sont des sortes de sculptures volontairement brandies vers le ciel, qui meublent le vide face au plein des façades du vieux port, rendent hommage à la beauté des lieux, et en réalité, ne la déparent pas.

  Je n'avais pas été sur ce port bien souvent en été. Mal m'en avait pris, car ce rassemblement particulièrement dense de pointus et d'immeubles anciens, agencés en une succession seulement interrompue par la majestueuse église Notre Dame, est une réjouissance de lumières et de couleurs : très vives sur les bateaux, pastel, sur les façades. En un peu plus d'une heure, allant d'une darse et d'un ponton à l'autre, j'ai pu mitrailler tous ces vieux bateaux si amoureusement laqués à m'en faire une collection complète de magnifiques souvenirs en image en une seule fois. Avec le blanc qui les domine, ils semblent sourire au soleil, et cela leur va bien. Bravo à leurs propriétaires et aux associations comme les calfats de l'Escalet qui se mettent en peine pour les garder en cet état de véritable apparat. Qui plus est, si l'on veut un jour s'initier à l'art de la capture de reflets de bateaux ou de constructions provençales traditionnelles, et bien, on ne passera pas sur des bancs d'école rassemblés dans une salle fermée, mais au contraire, on parcourera inlassablement des hectomètres de plancher en bois de pontons à l'air libre qui s'insinuent au milieu d'un enchevêtrement de vieilles barques réjouisssantes et joyeuses, enclavé dans la vieille ville de La Ciotat. Et on se penchera avec gourmandise sur le calme des eaux du port et leur pellicule d'impressionnisme répandue à leur surface.

  Peu après, je suis retourné sur place pour flâner entre ce port et le casino, et en supplément, je vous livre des photos captées en fin de journée également, mais après la séquence évoquée ci-dessus, avec la mer toujours bien présente, et le spectacle des hommes et de leurs embarcations toujours vivace et renouvellé, sous l'oeil réjoui par avance, et l'objectif, du photographe.

La Ciotat sept 2014

Le vent du Nord, le grandiose et les falaises

 Quelles sont les premières qualités professionnelles d'un bon photographe paysagiste ?

 A cela, les réponses que tout le monde anticipe sont bien évidemment le sens de la composition, de la lumière, de la bonne exposition, de la maîtrise essentielle de valeurs de diaphragme, de focales et de vitesse - mon propre boîtier, lorsqu'au format APS C, étant rivé à f9 en mode priorité A (pour ouverture, élémentaire mon cher W. etc.), presque à l'instar d'une fixation de moule sur son rocher.

 Oui, mais pas seulement ajoute l'auteur-photographe. Faire un reportage dans les calanques, ou sur la ligne de crête du Bec de l'Aigle, c'est affronter les éléments ; et donc faire montre de grand sens de l'équilibre, et d'absence de vertige. Et de maîtrise de son pas. Car sur les roches plates des sentiers des calanques, surtout lorsqu'elles sont légèrement orientées vers le bas, ça glisse abominablement, même sur pierre parfaitement sèche.

 Mais ça, ça n'est rien. Emporté par mon élan, mon étude de carte, mon bel enthousisasme et ma planification inexorables qui s'imposent à moi sous la forme d'un évident "t'as qu'à aller là", me voici garé au pied de Notre Dame de la Garde à La Ciotat, puis grimpant le sentier raide qui passe au-dessus de cette gentille sentinelle dressée à l'Ouest de la ville sans doute pour arrêter son invasion par quelques menaçantes hordes de lapins de garrigue. J'arrive au sommet plat du rocher qui domine la chapelle, et là, je prends des rafales à 100 km/h en pleine face. Le Mistral rage, me contraignant à la posture peu glorieuse du promeneur pris de colique et recroquevillé, bien moins idéale que celle, cambrée et inspirée, de l'artiste délirant devant le sublime, cela pour ne pas me retrouver catapulté 100 m plus bas par un coup de vent.

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