éclairage public

La photo ne s'arrête plus à la tombée du jour

 Du temps de la photo argentique - il y a une grande décennie tout au plus -, la photo d'extérieur s'arrêtait juste après le coucher du soleil, ou alors imposait au photographe de prendre la forme d'un travailleur promenant une mini-grue ; pas question en effet de travailler autrement que sur un bon gros pied télescopique sur lequel visser l'appareil, car il n'y avait guère que les 800 iso de sensibilité de pellicule qui permettaient des clichés de qualité ; dans ces conditions, les vitesses d'obturation atteignaient rapidement plusieurs secondes, ce qui garantissait un vrai flou en cas de prise de vue en semi-obscurité, boîtier tenu à la main. Ou alors, à partir de 1600 iso, il fallait s'accomoder de granulation très particulière dans les tirages, et donc s'équiper de pellicules plutôt spécialisées et rares.

 Aujourd'hui, je lis que 6400 Iso est une valeur que ne craint pas vraiment le capteur d'un excellent boîtier numérique dernière génération tel celui du Sony A7R, ce qui signifie que, couplé à un objectif stabilisé, l'appareil permettra la photo à main levée, en ville et de nuit, exactement comme le pratique depuis toujours le touriste standard au pied de la tout de Pise dans le courant d'une belle journée de printemps. Finis donc les appareils photo solidement arrimés à un support avant de déclencher, ce qui limitait singulièrement le nombre de photos prise au cours d'une session, quand le photographe se devait de transporter aussi le dit support au même titre que tout son matériel.

 Mais j'avais aussi été frappé depuis quelques années par cette vertu du numérique à monter en Isos, couramment à 1600 et audacieusement à 3200, ce qui, allié à une plus grande ouverture de diaphragme programmée, réduisait le rôle du flash à un simple ajout ou apport presque noyé dans le reste des éclairages d'un intérieur : c'est comme cela qu'un photographe préserve ses bonnes relations avec son entourage lorqu'il le prend en photo, sinon, il transforme les visages amis en autant de superbes pleines lunes. Aussi, alors que je me baladais comme d'habitude sur les quais de mes villégiatures méditerranéennes favorites en fin d'été, je voyais arriver la nuit beaucoup plus vite, et à un moment je me suis dit "pourquoi ne pas essayer de continuer de nuit sous les 1600 ou les 3200 Isos, avec tous ces éclairages publics qui vont aider ?"

 Et le résultat est bien là, avec une ou deux très grande(s) photo(s) que je vous laisse le plaisir de découvrir par le lien sur la galerie ci-après, en vous promettant bien sûr une suite, surtout lorsque l'eau, par absence de vent la nuit, dort comme figée telle un miroir. Cela, même si cet exercice n'est pas si évident qu'il n'y paraît, car un miroir, pour qu'il soit beau, demande que quelque magicien de la vision ait prévu d'avance quelles belles images il sera successible de renvoyer, et dans quelles directions. 

Reflets de nuit