pointus

Couleurs en folie, vous aimez le dessin animé ?

 Je parcours le site d'un confrère, ou je fais des corrections automatiques de photos en jpg, et je suis impressionné par ce que je vois, et même, à certains moments, mal à l'aise et complexé. Les couleurs sont vraiment claquantes, et ces mêmes étendues marines prises par des confrères sont éblouissantes, presque phosphorescentes tellement, par exemple, leur vert turquoise clair ressort.

  Déjà, j'avais été alerté sur ce thème de boostage des couleurs se généralisant par 2 choses : le rendu des clichés du compact de mon épouse, dont les photos de voyage sont toujours plus vives, plus attirantes, plus séduisantes que les miennes, pourtant toujours prises au réflex ; et puis la transformation des photos, on ne peut pas utiliser un autre terme, lorsqu'on se sert de l'outil de correction automatique intégré à la visionneuse Windows 8. Là, ça relève carrément d'un seul impératif : "Adieu, tristesse" !

Alors, j'ai voulu en avoir le coeur net : et si ces résutats n'étaient qu'une tromperie, que le fruit d'une utilisation exagérée,voire déjantée, d'outils désormais classiques de correction numérique de photo ? Pour en être sûr, je me suis donc livré à un petit test. J'ai ressorti une photo dans mon logiciel de traitement, avec toutes les corrections à zéro. J'ai ensuite passé ce cliché par la moulinette de retouche standard de Windows, et, avec cette photo sous les yeux, j'ai travaillé le raw d'origine sous mon logiciel de retouche pro Dxo 9 pour approcher un résultat similaire.

  Et bien, pour arriver à cette équivalence, je peux vous dire qu'il faut "pousser les manettes"  des curseurs de réglage à des positions excessives, donnant des effets totalement artificiels, voire délirants. Ainsi, l'éclaicissement des tons foncés est poussé à son maximum dans mon système, pour arriver à la proposition Windows ; cela signifie donc que le sombre, les ombres importantes, cela n'existe pas dans ce monde de "réalité idéale" : fini l'obscurité et la tristesse, vous dis-je, les nouveaux maîtres de la représentation photographique ne jurent que par la lumière partout. Et puis, la couleur qui claque, ils aiment cela : mon curseur "saturation" qui les fait ressortir toutes a dû être poussé à 60, et celui de la vibrance, réservé aux couleurs claires, à 25. A ce stade, on sort de la retouche, on est dans le domaine du maquillage, façon clown prêt à faire son entrée sur la piste. J'ai également remarqué que le mode de traitement de cette logique faisait appel à une analyse et à un renforcement particulièrement soutenu de la couleur dominante, flagrante sur le rendu de rochers ocres, des arbres et de la végétation de la photo test : sans une brutale poussée de réglage de la balance/rouge vert à moins 2, impossible d'obtenir un rendu équivalent. Bien entendu, l'éclairement n'est pas en reste. L'ensemble de la scène est éclairci jusqu'à la frontière de la surexposition.

  Quand on a procédé à tout cela, on obtient une image choc, une image gifle même, tellement elle fait de l'effet au premier regard. Mais si on l'observe avec un peu de bon sens, on se dit que tout cela appartient au domaine du rêve. Des verts pareils pour le feuillage des pins parasols, c'est pour une publicité pour un parcours de golf ou pour une chaîne de jardinerie, ou pour du gazon anglais au printemps, mais pas dehors, en Provence, en n'importe quelle saison. Les rouges, les jaunes des maillots et des bouées devenus pétard, purs, en ont fini avec les taches et la patine de l'air marin, comme avec la décoloration au lavage des tissus. Quant aux rochers de la scène, je me demande s'ils ne brillent pas ou ne s'éclairent pas tous seuls, la nuit.Tout cela flatte l'oeil instantanément, ou pendant quelques furtives minutes d'observation, mais trompe, et lassera, choquera à moyen et long terme.

  Amis visiteurs, vous voilà donc prévenus. A vous de réagir, d'accepter ou non que l'on vous soumette ou vous propose du paysage, urbain ou en campagne, ou de l'illustration pour dessin animé, bande dessinée ou toute autre réalité très virtuelle. Et si les couleurs ici ou là vous semblent plus vives que vives, de la même manière que Coluche pointait le plus blanc que blanc, peut-être sera-t-il plus sage pour vous de passer votre chemin, refusant implicitement d'entrer dans un piège fait d'artifices.

  Et pour moi, les choses sont claires : la nature est suffisament belle pour qu'on n'ait pas à nous la vendre comme une prostituée outrageusement maquillée monnayant ses charmes.

  Ci-dessous, vous découvrirez, pour illustrer mon propos une photo standard, puis sa retouche en mode Windows, puis sa retouche exagérée pour l'imiter avec des curseurs très sollicités dans mon logiciel professionnel DxO, tel qu'évoqué plus haut.

R

Ret  Imitation

 

La photo ne s'arrête plus à la tombée du jour

 Du temps de la photo argentique - il y a une grande décennie tout au plus -, la photo d'extérieur s'arrêtait juste après le coucher du soleil, ou alors imposait au photographe de prendre la forme d'un travailleur promenant une mini-grue ; pas question en effet de travailler autrement que sur un bon gros pied télescopique sur lequel visser l'appareil, car il n'y avait guère que les 800 iso de sensibilité de pellicule qui permettaient des clichés de qualité ; dans ces conditions, les vitesses d'obturation atteignaient rapidement plusieurs secondes, ce qui garantissait un vrai flou en cas de prise de vue en semi-obscurité, boîtier tenu à la main. Ou alors, à partir de 1600 iso, il fallait s'accomoder de granulation très particulière dans les tirages, et donc s'équiper de pellicules plutôt spécialisées et rares.

 Aujourd'hui, je lis que 6400 Iso est une valeur que ne craint pas vraiment le capteur d'un excellent boîtier numérique dernière génération tel celui du Sony A7R, ce qui signifie que, couplé à un objectif stabilisé, l'appareil permettra la photo à main levée, en ville et de nuit, exactement comme le pratique depuis toujours le touriste standard au pied de la tout de Pise dans le courant d'une belle journée de printemps. Finis donc les appareils photo solidement arrimés à un support avant de déclencher, ce qui limitait singulièrement le nombre de photos prise au cours d'une session, quand le photographe se devait de transporter aussi le dit support au même titre que tout son matériel.

 Mais j'avais aussi été frappé depuis quelques années par cette vertu du numérique à monter en Isos, couramment à 1600 et audacieusement à 3200, ce qui, allié à une plus grande ouverture de diaphragme programmée, réduisait le rôle du flash à un simple ajout ou apport presque noyé dans le reste des éclairages d'un intérieur : c'est comme cela qu'un photographe préserve ses bonnes relations avec son entourage lorqu'il le prend en photo, sinon, il transforme les visages amis en autant de superbes pleines lunes. Aussi, alors que je me baladais comme d'habitude sur les quais de mes villégiatures méditerranéennes favorites en fin d'été, je voyais arriver la nuit beaucoup plus vite, et à un moment je me suis dit "pourquoi ne pas essayer de continuer de nuit sous les 1600 ou les 3200 Isos, avec tous ces éclairages publics qui vont aider ?"

 Et le résultat est bien là, avec une ou deux très grande(s) photo(s) que je vous laisse le plaisir de découvrir par le lien sur la galerie ci-après, en vous promettant bien sûr une suite, surtout lorsque l'eau, par absence de vent la nuit, dort comme figée telle un miroir. Cela, même si cet exercice n'est pas si évident qu'il n'y paraît, car un miroir, pour qu'il soit beau, demande que quelque magicien de la vision ait prévu d'avance quelles belles images il sera successible de renvoyer, et dans quelles directions. 

Reflets de nuit

Le réflex du pro doit devenir de poche !

 Le matériel photo n'est pas un produit qui doit être spécialement sorti pour tel ou tel motif. Un bon appareil aujourd'hui, c'est celui qui permet de saisir le bon moment, au bon endroit, sans que l'emport du matériel ait auparavant donné lieu à la préparation d'une véritable expédition.

 C'est cette disposition qui m'avait conduit à avoir avec moi mon Nex 7 quasi de poche, me permettant une moisson de nouveaux clichés à l'occasion de visites de revendeurs, sur les bords des vieux ports de Cassis, La Ciotat et Bandol, sur la côte de Saint Cyr en cet été 2013. Pour cela, un zoom télescopique 16 - 50 utilisé aux bonnes focales ou le Sigma 19 mm monté sur le boîtier, et ces ensembles boîtier + une optique au choix font merveille tout en restant dans la limite des 500 g et de la dimension d'une grand poche de blouson.

 Le paysagiste, c'est un reporter de son environnement, surtout lorsqu'il est fou de belles lumières qui ne s'éternisent pas : une demi-heure de plus, et l'eau qui offrait de fantastiques reflets se trouble pour cause de vent qui se lève, de trafic bateau qui s'ébroue, de nuages pas prévus au programme, mais qui, néanmoins, s'y inscrivent sans avoir demandé votre permission. En conséquence, le reporter de paysage et de lumière doit être comme le scout dans le service : toujours prêt.

 Sinon, c'est que sa flamme s'est éteinte, sa passion s'est usée, il est grand temps pour lui de passer la main. Autant s'essayer à la cuisine, c'est à la mode et ça peut rapporter gros ; ou à la bourse : ça se joue dans un fauteuil, c'est physiquement sans exigence aucune, et l'on peut espérer de belles plus-values sans risques délirants. Et côté émotions, on peut être servi. Mais pour moi, les plus fortes sont parmi celles que j'ai eu à immortaliser ce que vous pouvez voir ici. Sans regret donc, ni pour la cuisine, ni pour la bourse.

Lien vers l'album des inédits de l'été 2013


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