Formation

  Nombreux sont des proches, des relations ou des amis qui me demandent des tuyaux ou des indications pour se lancer dans la prise de vue, ou pour augmenter leur maîtrise de cet art de la photo. C'est à leur intention que j'ai écrit le présent guide, simple et rapide ; néanmoins, il atteint très vite ses limites, et j'invite ceux qui voudront persévérer dans ce type de travail à moyen ou long terme, soit à se procurer un livre d'initiation et de perfectionnement, soit à consulter régulièrement des magazines spécialisés, qui présentent toujours des pages techniques, critiques ou didacticielles fort utiles, soit à suivre des cours dispensés par des professionnels sur le terrain ou en studio.

  Mais dès à présent, que la photo soit ! Et pour cela, commençons par le commencement. Le fondement de la photo, c'est un principe tout simple : l'impression, en une fraction de seconde, d'une scène donnée sur un capteur.

 

I Le capteur

  "Quoi, déjà le capteur ?" s'insurge le technophile féru d'histoire qui connaît le passé de l'industrie de la photo, laquelle pendant des décennies a fait son chemin grâce au travail sans cesse plus perfectionné des chimistes, qui inventaient toujours de nouvelles pellicules pour remplacer les anciennes ; toujours plus fidèles en rendu, toujours plus fines pour enregistrer les moindres détails saisis par des photographes perfectionnistes, ou simplement satisfaits de pouvoir contempler leurs ouvrages de manière la plus exigeante possible. Oui, la photo, de tous temps, a simplement été rendue possible par des capteurs, jetables et non renouvelables dans le cas de la pellicule. Dans le cas du capteur numérique, c'est la photo qu'il permet d'enregistrer qui devient jetable, ou pas, le capteur lui-même n'étant guère renouvelable. Changer un capteur et son électronique associée dans un boîtier revient assez cher en S.A.V. Tout capteur photo ou video est opérationnel selon le même principe : permettre de fixer, d'enregistrer une scène via la lumière qu'elle émet ou qu'elle ré-émet, dans un laps de temps si court, que les objets mobiles de la dite scène n'auront pas le loisir d'apparaître flous ou troubles sur l'enregistrement - sauf volonté créatrice contraire de la part du photographe. Pour figer un mouvement, de feuillage dans un paysage, de voiture sur une scène de rue, de sport ou que sais-je, il faut pouvoir opérer à très grande vitesse. La photo, c'est donc notamment l'art de la maîtrise des moment très brefs, si brefs qu'on les mesure le plus couramment en dixièmes, centièmes ou millièmes de secondes. Pour cela, il convient d'utiliser des capteurs extrêmement sensibles à la lumière, laquelle sensibilité est normée en sensibilité ISO. Dans un appareil numérique courant, la sensibilité Iso varie sur une plage qui va de 25 ou 50 Iso, à 25 000, et au-delà pour certains matériels spécialisés. C'est à l'utilisateur qu'il incombe de régler la sensibilité Iso de son boîtier, et cela se fait vite et simplement, par une manipulation le plus souvent réduite au plus strict minimum. Nous allons voir ci-dessous le pourquoi et le comment de cette nécessité de réglage.

  Elever la sensibilité ISO d'un capteur a, globalement, deux conséquences majeures :

1/ pouvoir élever la vitesse d'enregistrement recherchée de la scène, à illumination constante ou peu variable de la dite scène. Exemple : le capteur de mon appareil photo est réglé sur 100 Iso, et les réglages de mon appareil m'indiquent que pour la scène que je veux enregistrer, avec une focale standard, la vitesse d'obturation ou de prise de vue n'est que de 1/8° de seconde, ce qui risque de rendre l'ensemble de ma photo floue. En changeant le réglage de mon appareil pour sélectionner une sensibilité Iso de 800 par exemple, ma vitesse de prise de vue sera multiplièe par 8, et passerait alors à 1/64° de seconde - que l'appareil arrondira en fait à 1/60°. Ceci sera suffisant, et en conséquence, clic ! Déclenchez-donc, M. ou Mme photographe.

2/ adapter l'appareil à des conditions d'illumination très différentes. Prenons l'exemple d'un travail de photo qui se passe à l'extérieur, sous un beau ciel d'été, de jour. A 100 Iso, dans de telles conditions, en général, tout se passe bien. Mais voici que l'envie vous prend de continuer à déclencher, mais cette fois en rentrant à l'intérieur d'un bâtiment. Et là, avec votre réglage de 100 Iso, vous constatez que les vitesses d'obturation proposées par votre appareil dans un intérieur s'effondrent, avec des vitesses de pose qui s'affichent en secondes ou en dizaines de secondes, ce qui, à seule main levée qui tient le boîtier photo, est le meilleur moyen d'obtenir un flou dévastateur sur l'ensemble du cliché. Une solution s'offre alors à vous : augmenter considérablement le réglage de la sensibilité Iso de votre appareil, pour passer à 1600, 2000, 2400, 3200 ou plus encore - dans ce domaine, retenir comme réglage le paramètre "Iso auto" sur votre appareil, si ce dernier en dispose, vous apportera un vrai confort, l'appareil faisant lui-même le choix à tout moment de la sensibilité Iso appropriée par rapport aux autres réglages et à l'illumination de chaque scène.

  "A vous lire, cher moniteur, il suffirait de régler le boîtier à des sensibilités extrêmement élevées, pour parer à toutes circonstances, alors, pourquoi ne fabrique-t-on pas des boîtiers calés définitivement, disons, dans les 6 400 Iso, et n'en parlons plus ?", seriez-vous tenté de réagir. Et bien, les choses ne sont pas aussi simples. Tout d'abord, en opérant tout le temps avec une très haute sensibilité Iso, on risque d'avoir des temps de pose, notamment dehors par plein soleil, qui dépassent la vitesse possible d'obturation du boîtier, laquelle, par construction, plafonne généralement à 1/2000, 1/4000 ou 1/8000 de secondes - pour le savoir, Cf la notice de votre appareil. De plus, du temps de la pellicule, comme de celui du capteur numérique, élever la sensibilité Iso d'un capteur dégrade la qualité de la photo qui est prise, et ceci, de trois manières.

  D'une part, la dynamique du capteur diminue au fur et à mesure que l'on augmente sa sensibilité Iso utilisée. Diminuer la dynamique, c'est, en simplifiant, réduire l'écart entre les hautes et les basses lumières que le capteur sera à même d'enregistrer. En pratique, cela se traduit sur les clichés en résultant, d'un côté, par des hautes lumières "crâmées", et de l'autre, par des zones d'ombres bouchées ; traduction langage photo/Français courant de cet état de fait, des zones extrêmement claires de la photo sont rendues uniformément blanches, sans nuances, sans lisibilité de la matière qu'elles sont censées rendre, et en même temps, les zones d'ombres très prononcées sont transformées en zones de noir absolu, ou quasi absolu. Résultat, par exemple en paysage : plus de nuages, un ciel avec de grandes zones toutes blanches ; et aussi des endroits non éclairés devenus tout noir, sans éléments, certains ayant été comme engloutis. Ce travers a bien existé, du temps des premiers capteurs numériques d'il y a une douzaine d'années, lesquels capteurs étaient également limités à 6 Mpix, et aucun photographe ne souhaiterait pareil retour en arrière.

  La deuxième sorte de dégradation de l'image en montant en Iso, c'est l'exagération du bruit. Par des traitements logiciels, on peut toujours amplifier un signal, tel celui d'une très faible lumière, interprété avant amplification poussée comme de l'anthracite très foncé par un logiciel de génération de fichiers colorés. Pour pouvoir passer à plus clair, coloré, afin de rendre de la matière qui, sinon, aurait disparu, il faudra beaucoup amplifier le signal reçu par le capteur. Mais si on tente d'amplifier le dit signal, on génère également de l'information parasite, que l'on appelle bruit. Pour aller vite, on fait ainsi passer des zones quasi noires, avant traitement, à un rendu coloré et moins sombre ; sauf que, en même temps, apparaîssent sur ces mêmes zones de minuscules vilains points gris ou de couleur qui vont venir brouiller, manger les détails de la matière que l'on aura voulu ressusciter visuellement. C'est ça, le bruit, en photo, à l'instar de la "neige" sur l'écran d'une télévision qui ne capte aucune chaîne.

  Enfin, le capteur réagit de plus en plus mal en ce qui concerne sa restitution des couleurs des scènes photographiées : plus on élève sa valeur de réglage Iso, et plus les couleurs sont enregistrées avec un rendu délavé - on dit, dessaturé, en photo. A l'inverse, on en tire la conclusion logique qui s'impose : plus on travaille à faible sensibilité Iso, et plus le capteur de son appareil est en capacité de faire une restitution colorée qualitative des enregistrements qu'on lui demande.

  Donc, au moment où je vous écris, pas question de fabriquer des appareils à capteur à 6 400 Iso en standard, et prenez la bonne habitude de travailler à Iso le plus bas possible dans la plupart des circonstances, car, à Iso 100, vous pourrez plus qu'à Iso 800 ou 6400, et en photo comme bien souvent ailleurs, s'impose la règle du qui peut le plus, peut le moins.

  

 

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

×